Tapis craquants de feuilles mortes

– À mon frère –

Tapis craquants de feuilles mortes

Raidies par le froid de la nuit ;

Feuilletés aux teintes d’automne

Étincelants de pruine fine,

Éveillés par ce rai qui luit

Nervures rehaussées de givre,

Blanche dentelle qui scintille

D’une poussière diamantine

Sous les feux de l’astre de vie

Dont la lumière nous enivre

Par sa douce chaleur amie,

Esquissant dans l’air attendri

Son aquarelle hélianthine

Air soufflé

– À Marie July –

Air soufflé dans les feuilles mortes,

De grises flaques délogées ;

Brassées aériennes d’automne,

Bruyants essaims qui tourbillonnent

Dans un vrombissement de rhombe

De mille ruches échappés

Charme des rousses envolées

Qui se soulèvent et retombent

En végétales particules

Qui joyeusement papillonnent,

Puis s’assemblent en monticules,

Plus loin chaque fois repoussés

Lent cortège de feuilles mortes

Chahutées puis canalisées,

Que l’on rassemble et l’on escorte,

Guidées par d’étranges bergers

Menant ces troupeaux en errance

Pour d’automnales transhumances

Blancs confettis

– À ma fille –

Envolée de blancs confettis,

Amas de cristaux qui se fondent

Les uns aux autres, se confondent,

Composant un moelleux tapis ;

Gelée épaisse et translucide

Couche douce, froide et humide

Qui nous dévoile sa magie

Tendres papillons qui voltigent

De tous côtés, jusqu’au vertige,

Tourbillonnant allègrement

Dans un ciel incolore où glissent,

Blanches et grises dans la bourrasque,

D’altières mouettes dont la grâce

Se joue de la neige et du vent

Les grands, émerveillés autant que des enfants,

Se pressent aux fenêtres et rêvent éveillés

Au charme des flocons qui devant leurs yeux dansent

La grande sarabande de l’hiver qui s’avance ;

Blanches fleurs ciselées de dentelle givrée,

Pétales enivrés jouant gracieusement

Dans un ciel de coton leur valse spontanée

Aux mouvements légers, bercés par le silence,

Autant d’albes duvets descendent, aériens,

Nous offrant la beauté de leur évanescence ;

Dans la cour abritée règne un calme olympien

Poêle à bois

– À Bruno B.G. –

Poêle à bois, copeaux compressés,

Granulés qui tombent en pluie

Dans un cliquetis singulier ;

Claquement du métal chauffé

Cascade de petits bruits secs,

Dans leur descente irrégulière

Le long des parois éclairées

De bondissantes étincelles

Flammes vives qui se libèrent

Sur d’incandescentes flammèches

Au fond d’un creuset rougeoyant

Où brûle un feu réconfortant

Souffle chaud, insert irradiant,

Plaisir durable et bienfaisant

Qui gagne peu à peu nos membres

Transis par le froid de novembre