Sous la pluie de décembre

– À mes parents –


Sous la pluie de décembre,

Verdoyante à souhait

La campagne bretonne

S’étale désormais

Au pied des rideaux d’arbres

Aux branchages légers

Dont les rameaux dessinent

Une dentelle grise,

Sur l’horizon mouillé.

Entre leurs branches nues,

S’arrondissent en nombre

Les pompons au vert sombre

Des généreux bouquets

De gui enchevêtré.

Merles gourmands

– À O. –

La Merlette s’est perchée, diligente et concentrée,

Puis d’un coup d’aile a volé jusqu’au buisson d’à côté ;

Avec adresse a becqué une baie rouge-orangé

Puis prestement l’a gobée, avant de recommencer

Le Merle s’est approché, battant vivement des ailes,

Juste avant de s’élancer sur le Cotonéaster ;

Une baie rouge charnue à l’extrémité du bec,

Pour aussitôt l’avaler : Acrobatique cueillette !

Feu d’artifice d’oiseaux

– À ma fille –

Feu d’artifice d’oiseaux dans un ciel uni et blanc ;

Nuées d’ailes dans les nues se mouvant avec aisance

Dans un grand ballet créant des ensembles étonnants

Qui se font et se défont, se retrouvent, se mélangent

Disparaissent et reviennent, se frôlant avec adresse,

Chassés-croisés qui se mêlent, se séparent, s’éparpillent,

Se joignent sans se toucher, précises chorégraphies

Où chaque être interagit dans la partition céleste

Le Surmulot

Pattes roses, ventre clair,

Billes noires, nez pointu,

Le Surmulot va et vient

Du soir au petit matin,

De son terrier aux poubelles,

Ne se cachant même plus

Quand il croise le chemin

D’un être du genre humain

Qui partage son terrain.

Il court sans se retourner,

Se faufile un peu partout,

Dans un jeu de cache-cache

Qu’il doit jouer avec nous,

Poursuivant en solitaire

Son alimentaire quête,

Pendant que ses enfants guettent,

Attentifs à ce manège,

Chacun ressortant la tête

Du gruyère de la terre.

Pattes roses, ventre clair,

Billes noires, nez pointu,

Le Surmulot n’ira plus

Du soir au petit matin,

De son terrier aux poubelles.

Il a croisé le chemin

Des pièges que les humains

Installent sur leurs terrains,

Et il gît là, sur le flanc,

Sans un regard des passants.

Hampe fleurie d’une Orchidée

– À ma mère –

Hampe fleurie d’une Orchidée

D’une virginale clarté,

Nous ayant offert tout l’été

Sa grappe de fleurs nivéennes

Fleurissant avec majesté

Puis, quand on les pense immortelles,

L’une après l’autre se dessèchent

Et dans un bruissement léger,

Détachées de la tige-mère,

Tombent dans leur robe froissée

Au pied des longues feuilles vertes

Quand leur voltige est terminée,

Quand ces douze danseuses frêles

Dans leur tutu de teinte crème

En papier de soie créponné,

Sur le sol se sont déposées

Elles gardent un doux mystère,

Continuant à nous charmer

Dans une œuvre d’art éphémère

Se déclinant à l’infini

Que l’on recompose à l’envi



Une collègue m’a dit :

« _ Tu fais quoi avec ton cimetière de fleurs ?

_ Ce n’est pas un cimetière !

_ Mais si, elles sont mortes !

_ C’est une Symphonie d’Automne…

_ Ah… »